69ᵉ Salon de Montrouge, 2026 Beffroi de Montrouge -FR
Images : ©Aurélien Mole
Liste des œuvres : Ce qui brille révèle et dissimule, 2026, céramique, 23x37x2cm. Ce qui advient a déjà été, 2026, céramique, 23x37x2cm. Ce qui est en bas est comme ce qui est en haut, 2026, céramique, 23x37x2cm. Ce qui s’oppose engendre l’équilibre, 2026, céramique, 23x37x2cm. Ce qui tombe revient au centre, 2026, céramique, 23x37x2cm. Ce qui naît porte son devenir, 2026, céramique, 23x37x2cm. Ce qui semble fixe est mouvant, 2026, céramique, 23x37x2cm. Dessine moi la matière, 2023, céramique et bois, 165x50x120cm.
Texte : (FR) […] Ce travail se construit dans un régime d’équilibre instable : entre rigueur formelle et expérience sensible, entre vocabulaire scientifique et héritage ésotérique, entre rationalité et croyance. Les pièces de Germain Marguillard reprennent des formes issues de la physique, de la biologie ou de l’astronomie, mais les recomposent dans une logique artisanale où le geste de la main reste essentiel. Le bois brûlé, la céramique, le métal, sont soumis à des transformations alchimiques qui rejouent le passage par le feu, l’union de la destruction et de la purification. Chaque œuvre se présente comme un fragment grossi, isolé, répété : un motif minimal qui bascule du concret vers une abstraction active.
À ce titre, certaines pièces trouvent un écho inattendu dans les dessins de Georgia O’Keeffe. On connaît son geste d’amplification organique, ses fleurs agrandies jusqu’à l’abstraction. Mais O’Keeffe a aussi conçu des compositions proches du mandala, où la forme se resserre dans un centre irradiant. Germain Marguillard rejoint cette logique : ses structures circulaires, ses agencements répétés, ses compositions centrées produisent des images qui fonctionnent comme des diagrammes autant que comme des sculptures. L’abstraction n’y est pas neutralité géométrique, mais méthode de condensation et de projection. Comme chez O’Keeffe, la circularité devient outil pour donner à voir une énergie, un seuil entre le sensible et le spirituel. Cet intérêt pour le cercle et l’ornement fait écho aux recherches spirituelles de l’abstraction du début du XXe siècle : Kandinsky, František Kupka, Emma Kunz, Hilma af Klint avaient déjà tenté d’utiliser la forme géométrique comme vecteur cosmologique. Germain Marguillard reprend cette généalogie à sa manière, en confrontant le rationalisme scientifique (paraboles, accélérateurs de particules, diagrammes quantiques) à des motifs ésotériques, quasi alchimiques. Il en résulte des objets ambivalents, à la fois maquettes de laboratoire et reliques cultuelles, dispositifs techniques et mantras matériels.
Ce double héritage sciences dures et traditions spirituelles n’est jamais réconcilié. L’artiste maintient volontairement la contradiction : ses œuvres sont des lieux de doute, d’indécision, de croyance fragile. La main, le motif, la matière deviennent des instruments de médiation. L’installation elle-même est pensée comme une expérience de proximité : architectures octogonales, panneaux suspendus, environnements sonores ou lumineux créent des espaces refuges où les spectateur·rices sont invité·es à ralentir, à éprouver, à se projeter. Ainsi, Germain Marguillard propose des structures qui se vivent presque comme des mandalas contemporains : non pas des figures closes et décoratives, mais des zones intermédiaires où la main trace pour ordonner, concentrer, transmettre. Ses œuvres déplacent notre rapport au savoir, à la croyance et au sensible. Elles nous rappellent que la rationalité n’est jamais sans reste, et que dans l’épaisseur des formes, entre science et spiritualité, demeure toujours un espace ouvert à l’inconnu.—> Henri Van Melle
69th Salon de Montrouge, 2026 Beffroi de Montrouge -FR
Images : ©Aurélien Mole
List of works : What shines reveals and conceals, 2026, ceramic, 23x37x2cm. What comes to pass has already been, 2026, ceramic, 23x37x2cm. What lies below is akin to what lies above, 2026, ceramic, 23x37x2cm. What opposes creates balance, 2026, ceramic, 23x37x2cm. What falls returns to the centre, 2026, ceramic, 23x37x2cm. What is born carries its future, 2026, ceramic, 23x37x2cm. What seems static is in motion, 2026, ceramic, 23x37x2cm. Draw me matter, 2023, ceramic and wood, 165x50x120cm.
Texts : (EN) This work is constructed within a regime of unstable equilibrium: between formal rigour and sensory experience, between scientific vocabulary and esoteric heritage, between rationality and belief. Marguillard’s pieces draw on forms derived from physics, biology or astronomy, but recompose them within a craft-based logic where the gesture of the hand remains essential. Burnt wood, ceramics and metal undergo alchemical transformations that re-enact the passage through fire, the union of destruction and purification. Each work presents itself as an enlarged, isolated, repeated fragment: a minimal motif that shifts from the concrete towards an active abstraction.
In this respect, certain pieces find an unexpected echo in the drawings of Georgia O’Keeffe. We are familiar with her technique of organic magnification, her flowers enlarged to the point of abstraction. But O’Keeffe also created circular compositions reminiscent of mandalas, where the form converges towards a radiating centre. Marguillard follows this logic: his circular structures, his repeated arrangements, and his centred compositions produce images that function as diagrams as much as they do as sculptures. Here, abstraction is not geometric neutrality, but a method of condensation and projection. As with O’Keeffe, circularity becomes a tool for revealing an energy, a threshold between the sensory and the spiritual. This interest in circularity and ornament echoes the spiritual explorations of early 20th-century abstraction: Kandinsky, Kupka, Emma Kunz and Hilma af Klint had already attempted to use geometric form as a cosmological vehicle. Marguillard revisits this lineage in his own way, juxtaposing scientific rationalism (parabolas, particle accelerators, quantum diagrams) with esoteric, quasi-alchemical motifs. The result is a series of ambivalent objects, simultaneously laboratory models and cult relics, technical devices and material mantras.
This dual heritage of hard sciences and spiritual traditions is never reconciled. The artist deliberately maintains this contradiction: her works are spaces of doubt, indecision and fragile belief. The hand, the motif and the material become instruments of mediation. The installation itself is conceived as an experience of intimacy: octagonal structures, suspended panels, and environments of sound or light create sanctuary-like spaces where the viewer is invited to slow down, to experience, to project themselves. Thus, Germain Marguillard presents structures that feel almost like contemporary mandalas: not closed, decorative figures, but intermediate zones where the hand traces to organise, concentrate and convey. His works shift our relationship to knowledge, belief and the sensory. They remind us that rationality is never without residue, and that within the depth of forms, between science and spirituality, there always remains a space open to the unknown. -> Henri Van Melle